"Châtiment et bénédiction; ténèbres et lumière"



ANCIEN TESTAMENT   /   LIVRES SAPIENTIAUX   /   SAGESSE   (livre 27)

Ch.Ve. 
171Car vos jugements sont grands et difficiles à expliquer; aussi les âmes sans instruction se sont-elles égarées.
172Alors que les méchants s´étaient persuadés qu´ils pouvaient opprimer la nation sainte, enchaînés par les ténèbres et prisonniers d´une longue nuit, enfermés sous leur toit, ils gisaient-là, fuyant eux-mêmes votre incessante providence.
173Alors qu´ils imaginaient rester cachés avec leurs péchés secrets, sous le voile épais de l´oubli, ils furent dispersés, saisis d´une horrible épouvante, et effrayés par des fantômes.
174Les réduits où ils se renfermaient ne les préservaient pas de la crainte : des bruits effrayants retentissaient autour d´eux, et des spectres leur apparaissaient avec des visages lugubres.
175Il n´y avait pas de feu capable de donner de la lumière, et les flammes brillantes des astres ne pouvaient éclairer cette horrible nuit.
176Parfois seulement, leur apparaissait une masse de feu, allumée d´elle-même, effrayante, et, épouvantés de cette vision dont ils n´apercevaient pas la cause, ils jugeaient ces apparitions plus terribles encore.
177L´art dérisoire des magiciens était à bout, et leur prétention à la sagesse honteusement convaincue de fausseté.
178Eux qui se faisaient forts de chasser des âmes malades la terreur et le trouble, ils étaient malades eux-mêmes d´une peur ridicule.
179Car, quoiqu´il n´y eût rien de terrible pour les effrayer, le passage des animaux et le sifflement des serpents les terrifiaient;
1710et ils mouraient de frayeur, se refusant à voir cet air auquel nul ne peut échapper.
1711— Car la perversité est craintive, condamnée qu´elle est par son propre témoignage; pressée par sa conscience, elle s´exagère toujours le mal.
1712La crainte, en effet, n´est pas autre chose que l´abandon des secours qu´apporterait la réflexion.
1713L´espérance étant moindre au fond du coeur, on s´effraie d´autant plus d´ignorer la cause de ses tourments. —
1714Eux, pendant cette nuit d´impuissance, sortie des profondeurs du schéol impuissant, endormis du même sommeil,
1715étaient tantôt agités par des spectres terrifiants, tantôt abattus par la défaillance de leur âme; car une épouvante subite et inattendue s´était répandue sur eux.
1716De même tous les autres, quels qu´ils fussent, tombant là sans force, étaient retenus comme enfermés dans une prison sans verrous.
1717Le laboureur, le berger, l´ouvrier occupé aux rudes travaux de la campagne, surpris par le fléau, étaient soumis à l´inévitable nécessité;
1718car tous étaient liés par la même chaîne de ténèbres. Le vent qui sifflait, le chant mélodieux des oiseaux dans les rameaux épais, le bruit des eaux précipitant leur cours,
1719le fracas des pierres qui roulaient, la course invisible des animaux bondissants, les hurlements des bêtes féroces, l´écho se répercutant dans les cavités des montagnes, tout les faisait pâmer d´effroi.
1720Car tandis que tout l´univers était éclairé d´une lumière brillante, et se livrait sans obstacle à ses travaux,
1721sur eux seuls s´étendait une nuit pesante, image des ténèbres qui devaient les recevoir; mais ils étaient encore plus à charge à eux-mêmes que les ténèbres.
181Cependant une grande lumière brillait pour vos saints; les Egyptiens entendaient leur voix sans voir leur visage, et, malgré leurs souffrances passées, les proclamaient heureux.
182Et parce que, après avoir été maltraités, ils ne se vengeaient pas, ils leur rendaient grâces, et leur demandaient pardon de les avoir traités en ennemis.
183A la place de ces ténèbres, vous avez donné à vos saints une colonne de feu, guide dans une route inconnue, soleil inoffensif pour leur glorieux pèlerinage.
184Ils méritaient bien d´être privés de lumière, et d´être emprisonnés dans les ténèbres, ceux qui tenaient enfermés vos enfants, par qui la lumière incorruptible de votre loi devait être donnée au monde.