L'erreur plus grande de ceux qui adorent les idoles



ANCIEN TESTAMENT   /   LIVRES SAPIENTIAUX   /   SAGESSE   (livre 27)

Ch.Ve. 
1310Mais ils sont bien malheureux, et ils mettent leur espérance en des objets sans vie, ceux qui ont appelé Dieu des ouvrages de la main des hommes, de l´or et de l´argent travaillés avec art, des figures d´animaux ou une pierre inutile, ouvrage d´une main antique.
1311Voici qu´un artisan a coupé un arbre facile à travailler; il en ôte adroitement toute l´écorce, et, le façonnant avec habileté, il en fabrique un meuble utile pour l´usage de la vie.
1312Son travail achevé, il emploie ce qui reste à faire cuire ses aliments, et satisfait sa faim.
1313Quant aux derniers débris, qui ne sont plus d´aucun usage, au bois tordu et plein de noeuds, il le prend, le taille pour occuper ses loisirs, et, par un travail habile, lui donne une figure : il le fait ressembler à un homme.
1314Ou bien il en fait l´image de quelque vil animal, le peint de vermillon, en recouvre la surface d´une couleur rouge, et fait disparaître sous un enduit toutes les taches.
1315Puis, lui ayant disposé une habitation convenable, il le place contre la muraille et le fixe avec du fer.
1316Il prend bien garde qu´il ne tombe, sachant que le Dieu ne peut s´aider lui-même, car ce n´est qu´une statue qui a besoin d´appui.
1317Cependant il le prie au sujet de ses biens, de ses mariages et de ses enfants, et il ne rougit pas de parler à ce qui n´a point d´âme. Il demande la santé à ce qui est sans force,
1318la vie à ce qui est mort, le secours à ce qui ne peut rendre aucun service, un heureux voyage à ce qui ne peut se servir de ses pieds.
1319Pour assurer ses profits, ses entreprises, le succès de son travail, il demande l´énergie à ce qui a les mains les plus débiles.
141En voici un autre qui pense à prendre la mer, et se dispose à voyager sur les flots en fureur : il invoque un bois plus fragile encore que le vaisseau qui le porte;
142car, ce vaisseau, c´est la passion du lucre qui l´a inventé, et c´est l´habileté de l´ouvrier qui l´a construit.
143Mais, ô Père, c´est votre providence qui le gouverne, vous qui avez même ouvert un chemin dans la mer, et une route sûre au milieu des flots,
144montrant par là que vous pouvez délivrer de tout péril, afin que, même sans la science de la navigation, on puisse se mettre en mer. Vous ne voulez pas que les oeuvres de votre sagesse restent inutiles; c´est pourquoi les hommes, confiant leur vie à un bois fragile,
145traversent les vagues sur un radeau, et échappent à la mort.
146Et jadis, alors que les géants orgueilleux périssaient, l´espérance de l´univers échappa sur une barque, et, gouvernée par votre main, laissa au monde la semence d´une postérité.
147Car béni est le bois qui sert à un juste usage.
148Mais l´idole, oeuvre de la main des hommes, est maudite, elle et son auteur : celui-ci parce qu´il l´a faite, celle-là parce qu´étant périssable, elle est appelée Dieu;
149car Dieu hait également l´impie et son impiété,
1410et l´oeuvre et l´ouvrier seront pareillement châtiés.
1411C´est pourquoi les idoles des nations seront visitées, parce que, créatures de Dieu, elles sont devenues une abomination, un scandale pour les âmes des hommes, un piège pour les pieds des insensés.