Dieu répond à Job



ANCIEN TESTAMENT   /   LIVRES SAPIENTIAUX   /   JOB   (livre 22)

Ch.Ve. 
381Alors Yahweh répondit à Job du sein de la tempête, et dit:
382Quel est celui qui obscurcit ainsi le plan divin, par des discours sans intelligence?
383Ceins tes reins, comme un homme: je vais t´interroger, et tu m´instruiras.
384Où étais-tu quand je posais les fondements de la terre? Dis-le, si tu as l´intelligence.
385Qui en a fixé les dimensions? Le sais-tu? Qui a tendu sur elle cordeau?
386Sur quoi ses bases reposent-elles, ou qui en a posé la pierre angulaire,
387quand les astres du matin chantaient en choeur, et que tous les fils de Dieu poussaient des cris d´allégresse?
388Qui a fermé la mer avec des portes, lorsqu´elle sortit impétueuse du sein maternel;
389quand je lui donnai les nuages pour vêtements, et pour langes d´épais brouillards;
3810quand je lui imposai ma loi, que je lui mis des portes et des verrous,
3811et que je lui dis: « Tu viendras jusqu´ici, non au delà; ici s´arrêtera l´orgueil de tes flots »?
3812As-tu, depuis que tu existes, commandé au matin? As-tu indiqué sa place à l´aurore,
3813pour qu´elle saisisse les extrémités de la terre et qu´elle en secoue les méchants;
3814pour que la terre prenne forme, comme l´argile sous le cachet, et qu´elle se montre parée comme d´un vêtement;
3815pour que les malfaiteurs soient privés de leur lumière, et que le bras levé pour le crime soit brisé?
3816Es-tu descendu jusqu´aux sources de la mer, t´es-tu promené dans les profondeurs de l´abîme?
3817Les portes de la mort se sont-elles ouvertes devant toi, as-tu vu les portes du sombre séjour?
3818As-tu embrassé l´étendue de la terre? Parle, si tu sais toutes ces choses.
3819Où est le chemin qui conduit au séjour de la lumière, et où se trouve la demeure des ténèbres?
3820Tu pourrais les saisir en leur domaine, tu connais les sentiers de leur séjour!...
3821Tu le sais sans doute, puisque tu étais né avant elles; le nombre de tes jours est si grand!
3822Es-tu entré dans les trésors de la neige? As-tu vu les réservoirs de la grêle,
3823que je tiens prêts pour le temps de la détresse, pour les jours de la guerre et du combat?
3824Par quelle voie la lumière se divise-t-elle, et le vent d´orient se répand-il sur la terre?
3825Qui a ouvert des canaux aux ondées, et tracé une route aux feux du tonnerre,
3826afin que la pluie tombe sur une terre inhabitée, sur le désert où il n´y a point d´hommes;
3827pour qu´elle arrose la plaine vaste et vide, et y fasse germer l´herbe verte!
3828La pluie a-t-elle un père? Qui engendre les gouttes de la rosée?
3829De quel sein sort la glace? Et le givre du ciel, qui l´enfante,
3830pour que les eaux durcissent comme la pierre, et que la surface de l´abîme se solidifie?
3831Est-ce toi qui serres les liens des Pléiades, ou pourrais-tu relâcher les chaînes d´Orion?
3832Est-ce toi qui fais lever les constellations en leur temps, qui conduis l´Ourse avec ses petits?
3833Connais-tu les lois du ciel, règles-tu ses influences sur la terre?
3834Elèves-tu ta voix jusque dans les nues, pour que des torrents d´eau tombent sur toi?
3835Est-ce toi qui lâches les éclairs pour qu´ils partent, et te disent-ils: « Nous voici! »
3836Qui a mis la sagesse dans les nuées, ou qui a donné l´intelligence aux météores?
3837Qui peut exactement compter les nuées, incliner les urnes du ciel,
3838pour que la poussière se forme en masse solide et que les glèbes adhèrent ensemble?
3839Est-ce toi qui chasses pour la lionne sa proie, qui rassasies la faim des lionceaux,
3840quand ils sont couchés dans leur tanière, qu´ils se tiennent en embuscade dans le taillis?
3841Qui prépare au corbeau sa pâture, quand ses petits crient vers Dieu, qu´ils errent çà et là, sans nourriture?
391Connais-tu le temps où les chèvres sauvages font leurs petits? As-tu observé les biches quand elles mettent bas?
392As-tu compté les mois de leur portée, et connais-tu l´époque de leur délivrance?
393Elles se mettent à genoux, déposent leurs petits, et sont quittes de leurs douleurs.
394Leurs faons se fortifient et grandissent dans les champs; ils s´en vont, et ne reviennent plus.
395Qui a lâché l´onagre en liberté, qui a brisé les liens de l´âne sauvage,
396à qui j´ai donné le désert pour maison, pour demeure la plaine salée?
397Il méprise le tumulte des villes, il n´entend pas les cris d´un maître.
398Il parcourt les montagnes pour trouver sa pâture, il y poursuit les moindres traces de verdure.
399Le buffle voudra-t-il te servir, ou bien passera-t-il la nuit dans son étable?
3910L´attacheras-tu avec une corde au sillon, ou bien hersera-t-il derrière toi dans les vallées?
3911Te fieras-tu à lui parce qu´il est très fort, lui laisseras-tu faire tes travaux?
3912Compteras-tu sur lui pour rentrer ta moisson, pour recueillir le blé dans ton aire?
3913L´aile de l´autruche bat joyeusement; elle n´a ni l´aile pieuse ni le plumage de la cigogne.
3914Elle abandonne ses oeufs à la terre, et les laisse chauffer sur le sable.
3915Elle oublie que le pied peut les fouler, la bête des champs les écraser.
3916Elle est dure pour ses petits, comme s´ils n´étaient pas siens; que son travail soit vain, elle ne s´en inquiète pas.
3917Car Dieu lui a refusé la sagesse, et ne lui a pas départi l´intelligence.
3918Mais quand elle se bat les flancs et prend son essor, elle se rit du cheval et du cavalier.
3919Est-ce toi qui donnes au cheval la vigueur, qui revêts son cou d´une crinière flottante,
3920qui le fais bondir comme la sauterelle? Son fier hennissement répand la terreur.
3921Il creuse du pied la terre, il est fier de sa force, il s´élance au-devant du combat.
3922Il se rit de la peur; rien ne l´effraie; il ne recule pas devant l´épée.
3923Sur lui résonne le carquois, la lance étincelante et le javelot.
3924Il frémit, il s´agite, il dévore le sol; il ne se contient plus quand la trompette sonne.
3925Au bruit de la trompette, il dit: « Allons! » De loin il flaire la bataille, la voix tonnante des chefs et les cris des guerriers.
3926Est-ce par ta sagesse que l´épervier prend son vol et déploie ses ailes vers le midi?
3927Est-ce à ton ordre que l´aigle s´élève, et fait son nid sur les hauteurs?
3928Il habite les rochers, il fixe sa demeure dans les dents de la pierre, sur les sommets.
3929De là, il guette sa proie, son regard perce au loin.
3930Ses petits s´abreuvent de sang; partout où il y a des cadavres, on le trouve. --Humble réponse de Job.--
401Yahweh s´adressant à Job, dit:
402Le censeur du Tout-Puissant veut-il encore plaider contre lui? Celui qui dispute avec Dieu peut-il répondre?
403Job répondit à Yahweh, en disant:
404Chétif que je suis, que te répondrai-je? Je mets la main sur ma bouche.
405J´ai parlé une fois, je ne répliquerai pas; deux fois, je n´ajouterai rien. --Deuxième discours de Dieu.--
406Yahweh parla encore à Job du sein de la tempête et dit:
407Ceins tes reins, comme un homme; Je vais t´interroger, et tu m´instruiras.
408Veux-tu donc anéantir ma justice, me condamner afin d´avoir droit?
409As-tu un bras comme celui de Dieu, et tonnes-tu de la voix comme lui?
4010Pare-toi de grandeur et de magnificence, revêts-toi de gloire et de majesté;
4011épanche les flots de ta colère, d´un regard abaisse tout superbe.
4012D´un regard fais plier tout superbe, écrase sur place les méchants;
4013cache-les tous ensemble dans la poussière, enferme leur visage dans les ténèbres.
4014Alors, moi aussi, je te rendrai l´hommage, que ta droite peut te sauver.
4015Vois Béhémoth, que j´ai créé comme toi: il se nourrit d´herbe, comme le boeuf.
4016Vois donc, sa force est dans ses reins, et sa vigueur dans les muscles de ses flancs!
4017Il dresse sa queue comme un cèdre; les nerfs de ses cuisses forment un solide faisceau.
4018Ses os sont des tubes d´airain, ses côtes sont des barres de fer.
4019C´est le chef-d´oeuvre de Dieu; son Créateur l´a pourvu d´un glaive.
4020Les montagnes produisent pour lui du fourrage, autour de lui se jouent toutes les bêtes des champs.
4021Il se couche sous les lotus, dans le secret des roseaux et des marécages.
4022Les lotus le couvrent de leur ombre, les saules du torrent l´environnent.
4023Que le fleuve déborde, il ne craint pas; il serait calme, si le Jourdain montait à sa gueule.
4024Est-ce en face qu´on pourra le saisir, avec des filets, et lui percer les narines?
4025Tireras-tu Léviathan avec un hameçon, et lui serreras-tu la langue avec une corde?
4026Lui passeras-tu un jonc dans les narines, et lui perceras-tu la mâchoire avec un anneau?
4027T´adressera-t-il d´ardentes prières, te dira-t-il de douces paroles?
4028Fera-t-il une alliance avec toi, le prendras-tu toujours à ton service?
4029Joueras-tu avec lui comme avec un passereau, l´attacheras-tu pour amuser tes filles?
4030Les pêcheurs associés en font-ils le commerce, le partagent-ils entre les marchands?
4031Cribleras-tu sa peau de dards, perceras-tu sa tête du harpon?
4032Essaie de mettre la main sur lui: souviens-toi du combat, et tu n´y reviendras plus.
411Voici que le chasseur est trompé dans son attente; la vue du monstre suffit à le terrasser.
412Nul n´est assez hardi pour provoquer Léviathan: qui donc oserait me résister en face?
413Qui m´a obligé, pour que j´aie à lui rendre? Tout ce qui est sous le ciel est à moi.
414Je ne veux pas taire ses membres, sa force, l´harmonie de sa structure.
415Qui jamais a soulevé le bord de sa cuirasse? Qui a franchi la double ligne de son râtelier?
416Qui a ouvert les portes de sa gueule? Autour de ses dents habite la terreur.
417Superbes sont les lignes de ses écailles, comme des sceaux étroitement serrés.
418Chacune touche sa voisine; un souffle ne passerait pas entre elles.
419Elles adhèrent l´une à l´autre, elles sont jointes et ne sauraient se séparer.
4110Ses éternuements font jaillir la lumière, ses yeux sont comme les paupières de l´aurore.
4111Des flammes jaillissent de sa gueule, il s´en échappe des étincelles de feu.
4112Une fumée sort de ses narines, comme d´une chaudière ardente et bouillante.
4113Son souffle allume les charbons, de sa bouche s´élance la flamme.
4114Dans son cou réside la force, devant lui bondit l´épouvante.
4115Les muscles de sa chair tiennent ensemble; fondus sur lui, inébranlables.
4116Son coeur est dur comme la pierre, dur comme la meule inférieure.
4117Quand il se lève, les plus braves ont peur, l´épouvante les fait défaillir.
4118Qu´on l´attaque avec l´épée, l´épée ne résiste pas, ni la lance, ni le javelot, ni la flèche.
4119Il tient le fer pour de la paille, l´airain comme un bois vermoulu.
4120La fille de l´arc ne le fait pas fuir, les pierres de la fronde sont pour lui un fétu,
4121la massue, un brin de chaume; il se rit du fracas des piques.
4122Sous son ventre sont des tessons aigus: on dirait une herse qu´il étend sur le limon.
4123Il fait bouillonner l´abîme comme une chaudière, il fait de la mer un vase de parfums.
4124Il laisse après lui un sillage de lumière, on dirait que l´abîme a des cheveux blancs.
4125Il n´a pas son égal sur la terre, il a été créé pour ne rien craindre.
4126Il regarde en face tout ce qui est élevé, il est le roi des plus fiers animaux. --Réponse de Job.--
421Job répondit à Yahweh et dit:
422Je sais que tu peux tout, et que pour toi aucun dessein n´est trop difficile.
423« Quel est celui qui obscurcit le plan divin, sans savoir? » Oui, j´ai parlé sans intelligence de merveilles qui me dépassent et que j´ignore.
424« Ecoute-moi, je vais parler; je t´interrogerai, réponds-moi. »
425Mon oreille avait entendu parler de toi; mais maintenant mon oeil t´a vu.
426C´est pourquoi je me condamne et me repens, sur la poussière et sur la cendre. ÉPILOGUE EN PROSE