Quel espoir me reste-t-il?



ANCIEN TESTAMENT   /   LIVRES SAPIENTIAUX   /   JOB   (livre 22)

Ch.Ve. 
161Alors Job prit la parole et dit:
162J´ai souvent entendu de semblables harangues; vous êtes tous d´insupportables consolateurs.
163Quand finiront ces vains discours? Quel aiguillon t´excite à répliquer?
164Moi aussi, je saurais parler comme vous, si vous étiez à ma place; j´arrangerais de beaux discours à votre adresse, je secouerais la tête sur vous;
165je vous encouragerais de la bouche, et vous auriez pour soulagement l´agitation de mes lèvres.
166Si je parle, ma douleur n´est pas adoucie; si je me tais, en est-elle soulagée?
167Aujourd´hui, hélas! Dieu a épuisé mes forces... ô Dieu, tu as moissonné tous mes proches.
168Tu me garrottes... c´est un témoignage contre moi!... ma maigreur se lève contre moi, en face elle m´accuse.
169Sa colère me déchire et me poursuit, il grince des dents contre moi; mon ennemi darde sur moi ses regards.
1610Ils ouvrent leur bouche pour me dévorer, ils me frappent la joue avec outrage, ils se liguent tous ensemble pour me perdre.
1611Dieu m´a livré au pervers, il m´a jeté entre les mains des méchants.
1612J´étais en paix, et il m´a secoué, il m´a saisi par la nuque, et il m´a brisé. Il m´a posé en but à ses traits,
1613ses flèches volent autour de moi; il perce mes flancs sans pitié, il répand mes entrailles sur la terre;
1614il me fait brèche sur brèche, il fond sur moi comme un géant.
1615J´ai cousu un sac sur ma peau, et j´ai roulé mon front dans la poussière.
1616Mon visage est tout rouge de larmes, et l´ombre de la mort s´étend sur mes paupières,
1617quoiqu´il n´y ait pas d´iniquités dans mes mains, et que ma prière soit pure.
1618O terre, ne couvre point mon sang, et que mes cris s´élèvent librement!
1619A cette heure même, voici que j´ai mon témoin dans le ciel, mon défenseur dans les hauts lieux.
1620Mes amis se moquent de moi, c´est vers Dieu que pleurent mes yeux.
1621Qu´il juge lui-même entre Dieu et l´homme, entre le fils de l´homme et son semblable!
1622Car les années qui me sont comptés s´écoulent, et j´entre dans un sentier d´où je ne reviendrai pas.
171Mon souffle s´épuise, mes jours s´éteignent, il ne me reste plus que le tombeau.
172Je suis environné de moqueurs, mon oeil veille au milieu de leurs outrages.
173O Dieu, fais-toi auprès de toi-même ma caution: quel autre voudrait me frapper dans la main?
174Car tu as fermé leur coeur à la sagesse; ne permets donc pas qu´ils s´élèvent.
175Tel invite ses amis au partage, quand défaillent les yeux de ses enfants.
176Il a fait de moi la risée des peuples; je suis l´homme à qui l´on crache au visage.
177Mon oeil est voilé par le chagrin, et tous mes membres ne sont plus qu´une ombre.
178Les hommes droits en sont stupéfaits, et l´innocent s´irrite contre l´impie.
179Le juste néanmoins demeure ferme dans sa voie, et qui a les mains pures redouble de courage.
1710Mais vous tous, revenez, venez donc; ne trouverai-je pas un sage parmi vous?
1711Mes jours sont écoulés, mes projets anéantis, ces projets que caressait mon coeur.
1712De la nuit ils font le jour; en face des ténèbres, ils disent que la lumière est proche!
1713J´ai beau attendre, le schéol est ma demeure; dans les ténèbres j´ai disposé ma couche.
1714J´ai dit à la fosse: « Tu es mon père; » aux vers: « Vous êtes ma mère et ma soeur! »
1715Où est donc mon espérance? Mon espérance, qui peut la voir?
1716Elle est descendue aux portes du schéol, si du moins dans la poussière on trouve du repos!... --Discours de Baldad.--