Je ne peux lui répondre, et pourtant …



ANCIEN TESTAMENT   /   LIVRES SAPIENTIAUX   /   JOB   (livre 22)

Ch.Ve. 
91Alors Job prit la parole et dit:
92Je sais bien qu´il en est ainsi: comment l´homme serait-il juste vis-à-vis de Dieu?
93S´il voulait contester avec lui, sur mille choses il ne pourrait répondre à une seule.
94Dieu est sage en son coeur, et puissant en force qui lui a résisté, et est demeuré en paix?
95Il transporte les montagnes, sans qu´elles le sachent, il les renverse dans sa colère;
96Il secoue la terre sur sa base, et ses colonnes sont ébranlées.
97Il commande au soleil, et le soleil ne se lève pas; il met un sceau sur les étoiles.
98Seul, il étend les cieux, il marche sur les hauteurs de la mer.
99Il a créé la Grande Ourse, Orion, les Pléiades, et les régions du ciel austral.
910Il fait des merveilles qu´on ne peut sonder, des prodiges qu´on ne saurait compter.
911Voici qu´il passe près de moi, et je ne le vois pas il s´éloigne, sans que je l´aperçoive.
912S´il ravit une proie, qui s´y opposera, qui lui dira: « Que fais-tu? »
913Dieu! Rien ne fléchit sa colère: devant lui s´inclinent les légions d´orgueil.
914Et moi je songerais à lui répondre, à choisir mes paroles pour discuter avec lui!
915Aurais-je pour moi la justice, je ne répondrais pas. J´implorerais la clémence de mon juge.
916Même s´il se rendait à mon appel, je ne croirais pas qu´il eût écouté ma voix:
917lui qui me brise comme dans un tourbillon, et multiplie mes blessures sans motif;
918qui ne me laisse point respirer, et me rassasie d´amertume.
919S´agit-il de force, voici qu´il est fort, s´agit-il de droit, il dit: « Qui m´assigne? »
920Serais-je irréprochable, ma bouche même me condamnerait; serais-je innocent, elle me déclarerait pervers.
921Innocent! Je le suis; je ne tiens pas à l´existence, et la vie m´est à charge.
922Il m´importe après tout; c´est pourquoi j´ai dit: « Il fait périr également le juste et l´impie. »
923Si du moins le fléau tuait d´un seul coup! Hélas! Il se rit des épreuves de l´innocent!
924La terre est livrée aux mains du méchant, Dieu voile la face de ses juges: si ce n´est pas lui, qui est-ce donc?
925Mes jours sont plus rapides qu´un courrier, ils fuient sans avoir vu le bonheur;
926ils passent comme la barque de jonc, comme l´aigle qui fond sur sa proie.
927Si je dis: « Je veux oublier ma plainte, quitter mon air triste, prendre un air joyeux, »
928je tremble pour toutes mes douleurs, je sais que tu ne me tiendras pas pour innocent.
929Je serai jugé coupable: pourquoi prendre une peine inutile?
930Quand je me laverais dans la neige, quand je purifierais mes mains avec le bor,
931tu me plongerais dans la fange, et mes vêtements m´auraient en horreur.
932Dieu n´est pas un homme comme moi, pour que je lui réponde, pour que nous comparaissions ensemble en justice.
933Il n´y a pas entre nous d´arbitre qui pose sa main sur nous deux.
934Qu´il retire sa verge de dessus moi, que ses terreurs cessent de m´épouvanter:
935alors je parlerai sans le craindre; autrement, je ne suis point à moi-même.