Maudit soit le jour où je suis né !



ANCIEN TESTAMENT   /   LIVRES SAPIENTIAUX   /   JOB   (livre 22)

Ch.Ve. 
31Alors Job ouvrit la bouche et maudit le jour de sa naissance.
32Job prit la parole et dit:
33Périsse le jour où je suis né, et la nuit qui a dit: « Un homme est conçu! »
34Ce jour, qu´il se change en ténèbres, que Dieu d´en haut n´en ait pas souci, que la lumière ne brille pas sur lui!
35Que les ténèbres et l´ombre de la mort le revendiquent, qu´un nuage épais le couvre, que l´éclipse de sa lumière jette l´épouvante!
36Cette nuit, que les ténèbres en fassent leur proie, qu´elle ne compte pas dans les jours de l´année, qu´elle n´entre pas dans la supputation des mois!
37Que cette nuit soit un désert stérile, qu´on n´y entende pas de cri d´allégresse!
38Que ceux-là la maudissent, qui maudissent les jours, qui savent évoquer Léviathan!
39Que les étoiles de son crépuscule s´obscurcissent, qu´elle attende la lumière, sans qu´elle vienne, et qu´elle ne voie point les paupières de l´aurore,
310parce qu´elle ne m´a pas fermé les portes du sein, et n´a pas dérobé la souffrance à mes regards!
311Que ne suis-je mort dès le ventre de ma mère, au sortir de ses entrailles que n´ai-je expiré!
312Pourquoi ai-je trouvé deux genoux pour me recevoir, et pourquoi deux mamelles à sucer?
313Maintenant je serais couché et en paix, je dormirais et je me reposerais
314avec les rois et les grands de la terre, qui se sont bâti des mausolées;
315avec les princes qui avaient de l´or, et remplissaient d´argent leur demeures.
316Ou bien, comme l´avorton ignoré, je n´existerais pas, comme ces enfants qui n´ont pas vu la lumière.
317Là les méchants n´exercent plus leurs violences, là se repose l´homme épuisé de forces;
318les captifs y sont tous en paix, ils n´entendent plus la voix de l´exacteur.
319Là se trouvent le petit et le grand, l´esclave affranchi de son maître.
320Pourquoi donner la lumière aux malheureux, et la vie à ceux dont l´âme est remplie d´amertume,
321qui espèrent la mort, et la mort ne vient pas, qui la cherchent plus ardemment que les trésors;
322qui sont heureux, qui tressaillent d´aise et se réjouissent quand ils ont trouvé le tombeau;
323à l´homme dont la route est cachée et que Dieu enferme de toutes parts?
324Mes soupirs sont comme mon pain et mes gémissements se répandent comme l´eau.
325Ce que je crains, c´est ce qui m´arrive; ce que je redoute fond sur moi.
326Plus de tranquillité, plus de paix, plus de repos, et le trouble m´a saisi. --Discours d´Eliphaz.--